Document 1
Robert Badinter, garde des Sceaux, ministre de la Justice, présentant le projet de loi portant abolition de la peine de mort devant l'Assemblée nationale, première séance du 17 septembre 1981 (extraits). Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, Assemblée nationale, compte rendu intégral, n° 27, 18 septembre 1981, p. 1139, 1142 et 1143.
Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l'opinion publique. D'ailleurs, certains vous diront, mesdames, messieurs les députés, qu'en votant l'abolition vous méconnaîtriez les règles de la démocratie parce que vous ignoreriez l'opinion publique. Il n'en est rien. (...)
D'autres vous diront que l'abolition, parce qu'elle pose question à toute conscience humaine, ne devrait être décidée que par la voie de référendum. Si l'alternative existait, la question mériterait sans doute examen. Mais, vous le savez aussi bien que moi et Raymond Forni l'a rappelé, cette voie est constitutionnellement fermée. (...)
Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui tue et accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales — celles qui l'ont faite grande et respectée entre toutes — la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c'est l'élimination. (...)
Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées.
- Raymond Forni : président de la commission des lois de l'Assemblée nationale et rapporteur du projet.
- Robert Badinter : avocat de 1951 à 1981, garde des Sceaux dans le gouvernement de Pierre Mauroy.