Léon Blum, député socialiste de l'Aude (Narbonne), allocution radiodiffusée prononcée à Narbonne le 21 avril 1936, pendant la campagne des élections législatives, au nom du Parti socialiste ; texte publié dans Léon Blum, L'Exercice du pouvoir, Paris, Gallimard, 1937 (extraits).
Cependant, nous le savons bien, ni les dangers courus par la paix, ni les périls courus par la liberté, ne peuvent faire oublier au peuple de ce pays ses misères et ses souffrances. La crise économique sévit. Tandis qu'elle s'atténue dans d'autres pays, en France elle paraît redoubler ses ravages. (...)
(...) Le premier système s'appelle la déflation. On l'a pratiqué depuis quatre ans, sous vos yeux et à vos dépens, avec une rigueur croissante. (...)
La déflation, cela signifiait mettre à la raison une production dévergondée. Cela signifiait cesser les investissements, couper les crédits, diminuer le nombre des entreprises par la faillite et le nombre des travailleurs par le chômage. Cela signifiait comprimer les prix de revient privés et publics, c'est-à-dire réduire les salaires, les traitements, les pensions, les allocations de toute nature. (...) Cela signifiait « réduire le train de maison de l'État », c'est-à-dire supprimer ou comprimer à l'extrême limite tous les crédits budgétaires productifs : construction de routes ou d'écoles, subventions de toute nature aux départements et aux communes, dépenses d'assistance. La pénitence était dure, mais on vous affirmait qu'après la pénitence, le jeu nécessaire des lois économiques ramènerait la prospérité ; (...)
(...) Nous affirmions qu'il fallait, non pas restreindre la production, mais accroître la consommation générale. L'autorité de l'État, nous voulions l'employer, non pas à détruire et à interdire, non pas à rationner et à borner, mais à créer et à stimuler. (...)
(...) La déflation poursuivie en France avec une obstination de plus en plus sévère a subi, en France comme partout ailleurs, un échec total. La misère va croissant. Ni le nombre des chômeurs, ni le nombre des faillites n'a diminué. (...) Après quinze lois ou décrets-lois de déflation, le budget de 1935 se boucle par un déficit de 7 à 8 milliards. (...)