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Histoire : Les relations entre les puissances et les modèles politiques, des années 1930 à nos jours

Vous analyserez le modèle soviétique stalinien des années 1930, entre la vitrine qu'en offre la propagande et la réalité qu'en perçoivent ses observateurs.

Analyse de documents au format du concours commun : 2 h, coefficient 3.

Le sujet

À partir d'une analyse critique de ces deux documents et de vos connaissances, vous analyserez le modèle soviétique stalinien des années 1930, entre la vitrine qu'en offre la propagande et la réalité qu'en perçoivent ses observateurs.

Document 1

« Коммунизм - это советская власть плюс электрификация » (« Le communisme, c'est le pouvoir des soviets plus l'électrification »), affiche de Gustav Klutsis (1895-1938), artiste soviétique né en Livonie (actuelle Lettonie), Moscou, Éditions d'État, 1930, tirée à 30 000 exemplaires ; lithographie offset, 73 × 53 cm (Bâle, collection d'affiches de la Schule für Gestaltung, CH-000957-X:9969).

Affiche en photomontage, au format vertical, en vert, orange, noir et gris. En haut à gauche, sous deux lignes en petits caractères, en grandes lettres cyrilliques claires et noires : « Le communisme, c'est le pouvoir des soviets plus », et, en diagonale le long d'un grand triangle orange pointe en bas, « l'électrification ». Dans le triangle, la silhouette noire de Lénine, de profil, debout, un bras tendu vers la gauche. Il se tient sur une gigantesque machine photographiée, sans doute le carter d'une turbine ou d'un alternateur, munie d'un volant, qui occupe toute la moitié droite et le bas de l'image. À gauche, plus petits, un barrage en construction dominé par une grue, puis une rangée de lumières dans la nuit. Une courbe rouge et un graphique en zigzag portent des chiffres. En bas, deux colonnes de noms de centrales électriques. On ne distingue aucun ouvrier.
Gustav Klutsis (1895-1938) – Plakatsammlung der Schule für Gestaltung Basel, CH-000957-X:9969, 1930. Licence : Domaine public (auteur mort en 1938) ; domaine public déclaré par l'établissement lors de son versement (Auteur mort en 1938 : selon la notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France (FRBNF15037307), Gustavs Klucis, « Arrêté le 16 janvier 1938, condamné à mort par le NKVD et exécuté le 26 février 1938 », est mort à Boutovo, près de Moscou ; la base de la collection d'affiches de Bâle (« 1895 - 1938 ») et les Harvard Art Museums (« 1895-1938 ») donnent la même année. La protection de 70 ans après l'année du décès (code de la propriété intellectuelle, art. L. 123-1, auquel l'art. L. 123-12 plafonne la durée accordée à une œuvre d'un pays tiers) a pris fin le 31 décembre 2008 ; auteur soviétique, sans mention « mort pour la France ». Conditions de l'établissement détenteur, lues le 2026-10-12 : le fichier a été versé sur Wikimedia Commons le 14 juillet 2020 par le compte de la collection d'affiches de Bâle elle-même (« Plakatsammlung SfG Basel » ; catégorie « Media contributed by Basel Poster Collection » ; source « Scan from original »), sous la déclaration de domaine public « PD-old-70 », avec sa cote, ses dimensions et sa provenance (don de Jan Tschichold en 1935) ; la notice de la base de la collection (objet 21555 : « Entwurf Gustavs Klucis », « Date [1930] », « Lithografie », 73 × 53 cm) renvoie elle-même à ce fichier. Fichier original 6129 × 8617 pixels, réduit à 1600 pixels de large.).
  1. Inscriptions, traduites, de haut en bas. En haut à gauche : « Réalisations de la première année du plan quinquennal et chiffres de contrôle pour 1929-1930 ». Au centre, le titre. Sur la courbe rouge : « fonds de l'électrification », 1,3 puis 2,1 milliards de roubles (1928-1929, puis 1929-1930). En bas à gauche : « rythme de croissance des fonds », 141,9 (1928-1929) et 157,0 (1929-1930).
  2. En bas : « En 1929-1930 seront construites et mises en service les centrales électriques » : huit noms, dont celles de Tcheliabinsk, de Saratov et de Kiev ; « Augmentent leur puissance » : dix noms, dont la centrale « Octobre rouge ».
  3. Au pied de l'affiche : « Éditions d'État », visa du Glavlit (organe de la censure soviétique créé en 1922), tirage de 30 000 exemplaires, prix de 20 kopecks ; la signature de l'artiste, en lettres cyrilliques, court à la verticale sur le bord droit.
  4. La formule du titre est de Lénine, devant le VIIIe congrès des soviets, en 1920 ; il disait « plus l'électrification de tout le pays ».

Image et licence lues sur : Wikimedia Commons, fichier versé par la collection d'affiches de la Schule für Gestaltung de Bâle : « CH-000957-X-9969 Klucis.jpg » (titre, date, lithographie, cote, don de Jan Tschichold en 1935, domaine public ; dimensions selon la base de la collection : 73 × 53 cm)

Document 2

André Gide, écrivain, Retour de l'U.R.S.S., Paris, Gallimard, 1936, chapitres I, III et IV (extraits). L'auteur a séjourné en Union soviétique à l'été 1936.

J'ai également visité, il va sans dire, plusieurs usines. Je sais et me répète que, de leur bon fonctionnement dépend l'aisance générale et la joie. Mais je n'en pourrais parler avec compétence. D'autres s'en sont chargés ; je m'en rapporte à leurs louanges. (...)

En U.R.S.S. il est admis d'avance et une fois pour toutes que, sur tout et n'importe quoi, il ne saurait y avoir plus d'une opinion. (...) Chaque matin, la Pravda leur enseigne ce qu'il sied de savoir, de penser, de croire. Et il ne fait pas bon sortir de là ! (...)

L'important ici, c'est de persuader aux gens qu'on est aussi heureux que, en attendant mieux, on peut l'être ; de persuader aux gens qu'on est moins heureux qu'eux partout ailleurs. L'on n'y peut arriver qu'en empêchant soigneusement toute communication avec le dehors (j'entends le par delà les frontières). (...)

L'effigie de Staline se rencontre partout, son nom est sur toutes les bouches, sa louange revient immanquablement dans tous les discours. Particulièrement en Géorgie, je n'ai pu entrer dans une chambre habitée, fût-ce la plus humble, la plus sordide, sans y remarquer un portrait de Staline accroché au mur, à l'endroit sans doute où se trouvait autrefois l'icone. Adoration, amour ou crainte, je ne sais ; toujours et partout il est là. (...)

Que Staline ait toujours raison, cela revient à dire : que Staline a raison de tout. Dictature du prolétariat nous promettait-on. Nous sommes loin du compte. Oui : dictature, évidemment ; mais celle d'un homme, non plus celle des prolétaires unis, des Soviets.

  1. La Pravda : quotidien du Parti communiste de l'Union soviétique.
  2. Icone (orthographe de l'auteur) : image religieuse de la tradition orthodoxe, que l'on plaçait dans un coin de la pièce principale.
  3. Dictature du prolétariat : dans la doctrine marxiste, pouvoir exercé par la classe ouvrière après la révolution.
  4. Soviets : conseils élus d'ouvriers, de paysans et de soldats, au nom desquels les bolcheviks ont pris le pouvoir en 1917.

Texte lu sur : Wikisource : André Gide, Retour de l'U.R.S.S., Gallimard, 1936, chapitres I, III et IV (texte transcrit sur le fac-similé)

Le corrigé

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Sujet et corrigé rédigés par le site. Dernière relecture le 12 octobre 2026. Sources consultées :